CREATION D’UNE AGENCE AFRICAINE DU MEDICAMENT : Une priorité pour le continent

  • Publié le 16/03/2021
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  • Par Tiapo Jean Michel
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A quand la création de l’Agence africaine du médicament ? si elle avait été lancée, comme prévu en 2018, peut être que l’Afrique aurait pu mieux négocier les commandes de vaccins contre le COVID-19 ? peut-être …. En attendant, cette institution attendue par certains pays du continent peine à voir le jour : sur les 18 signataires seuls 8 l’ont ratifié. Pourquoi ? quelles sont les perspectives ? Nous avons enquêté pour vous.

 

Malgré des années de reflexion, de structuration, et d’intenses lobbying, l’agence africaine du médicament a encore besoin de la ratification de plusieurs pays pour voir le jour. Elle permettrait au continent de faire face aux crises sanitaires comme celle du COVID 19, d’harmoniser ses régulations, et de se positionner sur un marché pharmaceutique en pleine expansion.

Et si l’Afrique disposait d’une force de frappe pour négocier l’achat groupé de vaccins et même fabriquer ses propres médicaments ? ce projet a beau n’être encore qu’une utopie, son ébauche est à portée du continent et à portée de stylo de nombre de dirigeants africains. Le traité portant création de l’agence africaine du médicament (AMA), adopté en février 2019 sous l’égide de l’Union africaine (UA), n’a en effet besoin que de quinze ratifications. Or à ce stade sur 18 signataires, 08 l’ont ratifié. Au RWANDA, au MALI, au BURKINA FASO, aux SEYCHELLES, à la Guinée et au GHANA se sont récemment greffés le MAROC et la NAMIBIE.

UNE ARME FACE AUX PANDEMIES

La pandémie de COVID-19, venue rappeler la nécessité d’une solidité intercontinentale, a accéléré le lonnying en faveur de l’AMA. Le NEPAD, agence de développement de l’UA, mobilise les acteurs du secteur sur WHATSAPP et approche les commissions santé des parlements nationaux. L’OMS sensibilise aussi ses interlocuteurs dans le but de les pousser à signer.

Car si le principal objectif de l’AMA est de permettre aux populations des 54 pays du continent d’accéder sans risques à des produits médicaux de qualité (et donc à lutter contre les produits contrefaits) en harmonisant les réglementations, elle pourrait également servir d’outils de négociation.

« L’AMA pourrait réunir des pools d’experts capables d’évaluer correctement et rapidement les dossiers complexes des laboratoires qui fabriquent des vaccins contre le COVID-19 ou des biotechnologies pour combler la faiblesse de certaines de nos autorités réglementaires », espère Innocent KOUNDE KPETO, président de l’ordre des pharmaciens du TOGO (non signataire).

« Une telle agence peut aussi faciliter la négociation des commandes globales dans des meilleurs délais et à moindre coût », s’enthousiasme Dan NOUHOU BRIRIA, directrice de la Pharmacie nigérien de la santé.

 

DES OBSTACLES PERSISTANTS

Elaborée depuis 2014, l’AMA était censée voir le jour en 2018. Pourquoi un tel retard ? La technicité des réunions préparatoires chronophages, doublée de problèmes de traduction des textes, a pu rebuter certains participants sur les épaules desquels reposait tout l’engagement de leur Etat. Restait ensuite à avoir l’oreille de leurs dirigeants.

NADIA FENINA en sait quelque chose, elle fait partie des (08) experts ayant travaillé à la rédaction des statuts. « Si je n’avais pas été membre de cette task-force, je ne suis pas sûre que les autorités tunisiennes auraient été suffisamment informées pour signer le Traiter », confie celle qui dirige aujourd’hui la promotion de l’investissement et de l’exportation au ministère de la santé. Il lui a fallu jongler avec le ministère des affaires étrangères et prendre le tète d’une commission ministérielle pour pousser à cette signature, en DECEMBRE 2019, et obtenir un accord favorable a une ratification en conseil des ministres. Mais depuis plus d’un an, le Traité attend toujours de passer devant l’assemblée.

Autre signataire (en FEVRIER 2020), le Niger n’a pas non plus ratifié le texte, « Le COVID-19 et les élections en cours, ont chamboulé notre agenda, mais le travail technique a bel et bien commencé en vue d’une ratification », temporise Dan NOUHOU BRIRIA.

Y a-t-il d’autres résistances ? En coulisses, les tractations pourraient achopper sur la localisation du siège de l’AMA (certains pays comme la TUNISIE ont déjà manifesté leur intérêt) et sur la distribution des postes clefs. Reste enfin l’aspect financier car bien que l’agence compte sur les dons et subventions de bailleurs privés et internationaux, la Conférence des Etats parties (ayant ratifié le traité) devra fixer annuellement leur contribution au fonctionnement de l’Agence.

 

PREMIERS PAS REGIONAUX

« On ne peut pas d’un coup mettre au diapason une cinquantaine de pays avec des disparités de gouvernance et d’expertise sans harmoniser les pratiques étapes par étape », insiste le Dr Dan NOUHOU BARIRA. Certaines des huit communautés économiques régionales (CER) du continent servent déjà de pilier à une agence qui devrait y appuyer l’harmonisation des procédures à défaut de pouvoir fournir un enseignement unique de produits.

Toutes les régions du continent n’en sont pas au même stade. Des tentatives d’achats groupés de médicaments et de reconnaissance mutuelle des inspections de Santé lancées en afrique de nord n’ont pas eu de suites. A l’inverse, l’UEMOA a crée dès 2013 une cellule de coopération pharmaceutique harmonisant procédures, grilles d’évaluation et formats de dossier d’homologation des médicaments. Une transparence bienvenue tant la question sensible des autorisations de mise sur le marché peut être sujette aux pressions. A cela s’ajoute une reconnaissance mutuelle via des systèmes d’évaluation conjoints réunissant les experts de ces Etats pour homologuer des produits spécifiques.

Mais assurer la mise en œuvre de procédures techniques reste un défi. A terme, les membres de ces régions économiques devraient créer les premiers relais de l’AMA en se dotant d’agence de reglementation pharmaceutique, en lieu et place de simple s directions dépourvues de moyens. Ce cadre réglementaire serait profitable à la recherche et au développement pharmaceutique, tout comme le partage d’expertise des pays les plus avances du secteur que sont l’AFRIQUE du sud, le NIGERIA ou les Etats du Maghreb. Et pourquoi pas, a terme, se lancer dans la fabrication ?

Alors que le continent ne produit que 3 % de sa consommation, l’Agence pourrait en effet accélérer le plan de fabrication pharmaceutique pour l’AFRIQUE (PMPA) approuvé par l’UA en 2012. Outre la mise aux normes des industries, elle pourrait orchestrer le développement de pôles d’excellence régionaux complémentaires spécialisés dans la fabrication de certains produits.

 

Jeune Afrique

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