Professeur GBASSI Komenan Gildas, L’enseignement, bien plus qu’un métier, une vocation

  • Publié le 08/11/2020
  • Portrait
  • Par Tiapo Jean Michel
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1.   Qui est Prof GBASSI ? présentation actuelle

Je suis né en 1975, un certain 29 janvier dans la ville de Divo (Région du Loh-Djiboua), d’une famille recomposée dont je suis le benjamin. Père de trois enfants : (Ange-Joël, 18 ans) (Jean-Emmanuel, 15 ans) (Marie-Sarah, 11 ans).

2.    Pr Gbassi, pouvez vous nous parler de votre parcours pendant vos études supérieures ?

Le bac étant le premier diplôme d’étude supérieure, j’ai obtenu le mien dans ma ville de naissance en 1994. Orienté par la suite à l’école préparatoire des sciences de la santé de l’université Nangui Abrogoua (ex. Université Abobo Adjamé), je tire très tôt les enseignements de la reprise de mon année à cette étape. Arrivé à la faculté de pharmacie de Cocody en 1996, je soutiens ma thèse de pharmacie en 2003 et j’obtiens mon DESS de contrôle de qualité la même année. Je transite par la faculté des sciences ou j’obtiens mon DEA de chimie physique en 2005. J’atterris à l’université de Strasbourg (France) en 2007 pour une thèse de doctorat unique en chimie soutenue en 2010. Le séjour strasbourgeois a également été sanctionné par un master en sciences du médicament soutenu en 2009. Deux passages à l’école polytechnique de Montréal (Canada) de 2013 à 2015 pour des stages postdoctoraux m’ont permis de renforcer les fondamentaux de ma spécialité.

3.   Quel a été l’épreuve la plus difficile que vous avez vécu pendant votre parcours universitaire ?

La préparation de ma thèse de doctorat en France. Vous devez vous autogérer sur tous les aspects de la vie académique, sociale et sentimentale, loin en général de votre famille, loin des avantages qu’offrent les réseaux sociaux aujourd’hui en terme de facilité de communication.

4.   Pourquoi avez-vous dû quitter la CI à un certain moment ?

Le besoin de voir ce qui se passe ailleurs, de voir d’autres modèles éducatifs, de se confronter à d’autres réalités. L’apprentissage dans la diversité culturelle est source de richesse.

5.   Pourquoi avez-vous choisi de devenir enseignant ?

De nature j’aime beaucoup lire, cela m’enrichit et permet de me renouveler en terme de connaissances nouvelles acquises. De surcroit, j’aime partager, et l’enseignement m’offrait cette cible de personnes à qui je pourrais faire bénéficier de ces connaissances

6.   Comment devient-on enseignant chercheur à l’université ? Quelles sont les étapes à suivre ?

Au jour d’aujourd’hui, le Doctorat unique est le diplôme d’entrée dans l’enseignement et la recherche dans nos universités, avec quelques variantes pour certaines UFR notamment celles de santé (Médecine et Pharmacie uniquement) pour lesquelles vous pouvez être recrutés comme assistants sans avoir encore obtenu votre thèse unique. En Pharmacie, sans thèse unique, vous ne pourrez jamais avoir le grade de Maître de Conférence Agrégé.

Les étapes à suivre se résument à satisfaire d’abord aux exigences de diplômes, ensuite aux exigences administratives.

7.   Quelles sont les recherches que vous avez menées jusque là ?

Les recherches menées sont généralement nos mémoires de master, nos thèses de doctorat, les thématiques d’encadrement des étudiants etc.

Mes recherches ont évolué avec le temps. Je m’étais intéressé à l’époque à la semence masculine pour sa composition vitaminique, à la fabrication de films biodégradables pour l’emballage des aliments crus, aux probiotiques (ouvrage paru en 2014), à la dépollution des eaux usées par des méthodes physicochimiques (nombreuses publications).

Aujourd’hui, je m’intéresse plutôt aux problématiques des industries locales en vue d’y apporter des solutions.

8.   Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes généralement confrontés en tant qu’enseignant ?

L’enseignement n’est pas un métier difficile quand c’est votre vocation. Il est simplement exigeant. Si vous êtes passionné de ce métier, vous aller investir en vous (documentation, séminaires, congrès etc). On pourrait qualifier de difficulté l’absence de soutien de nos institutions car l’enseignant à lui seul ne règle pas le problème de l’enseignement. Il y’a aussi les enseignés et leurs conditions d’apprentissage, les infrastructures et leurs commodités. En un mot c’est un système.

9.        Menez vous d’autres activités en dehors de l’enseignement ?

L’enseignement est accompagné de recherche. L’activité de recherche fait partie des obligations de l’enseignant chercheur, et c’est cette activité qui lui permet d’évoluer en grade. Vous êtes évalués sur la base de votre production scientifique et non pas du volume horaire d’enseignement que vous avez réalisé. L’enseignant se retrouve aussi dans des activités d’administration pour la bonne marche de l’institution. Dans mon cas, je gère le département de Biophysique de l’UFR, et je suis chef de service au laboratoire national de la santé publique (LNSP).

10.       Comment qualifieriez- vous le niveau de l’enseignement Supérieur en CI ?

Si vous voulez savoir le niveau de l’enseignement en Côte d’Ivoire, interrogeons le classement UniRank 2020. Se basant sur des critères d’accréditation, de durée de la formation et de cours dispensés en présentiel, ces indicateurs de UniRanK montrent qu’aucune université Ivoirienne ne figure dans le classement 2020 des 200 meilleures universités Africaines.

11.       Qui en est responsable ? Les étudiants, l’État ou les enseignants ?

L’enseignement supérieur dans ce monde en profonde mutation est également secoué. On demande de « faire plus avec moins ». Vous voulez une belle maison avec piscine et des matériaux de luxe sans grands moyens à mettre en œuvre. A un moment donné, chacun devra évaluer sa responsabilité personnelle dans ce système qui se dégrade au fil des ans.

Nous aimons beaucoup l’improvisation, le gratuit, l’opacité dans la gestion publique, l’absence de sanction, etc.

12.       Quelle touche particulière apportez-vous à l’enseignement ?

Mon métier est exigeant ainsi que la discipline enseignée. Je fais en sorte d’innover dans la façon de transmettre les connaissances (supports animés, vidéos, travaux en groupe etc).

13.       Que pouvez – vous suggérer aux étudiants pour améliorer leur niveau ?

Vous sortirez tous pharmaciens diplômés (savoir acquis) mais pas forcément avec les mêmes compétences (savoir-faire). Tout dépendra du sérieux et de l’engagement de chacun à la tâche (stages officiels et officieux, curiosité personnelle, bénévolat, etc). L’amélioration du niveau est une affaire personnelle. Il faut d’abord reconnaitre que son niveau n’est pas fameux, se motiver à l’améliorer, et se donner les moyens de le faire. En pratique, le niveau s’apparente à la compétence et je vous suggère d’aller apprendre auprès de quelqu’un pour combler votre inexpérience. Retenez qu’en travaillant bien pour quelqu’un, vous aurez à écourter la durée nécessaire à votre propre travail, pour espérer un jour voir les gens bien travailler pour vous.

14.       Avez-vous  des demandes à faire à l’État pour l’amélioration de vos conditions de travail ?

 

Nous avons des procédures d’expression des besoins par les canaux officiels hiérarchiques qui connaissent nos besoins qui sont chaque année portés à l’autorité de tutelle.

 

15.       Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes étudiants qui désirent entamer le métier d’enseignant chercheurs comme vous ?

Si vous souhaitez embrasser ce métier, il répond à des exigences de persévérance, de patience, de courage et de sacrifices parfois incertains. J’ai mis 15 ans pour passer d’assistant recruté en 2003 à professeur titulaire en 2018. C’est un métier qui a un profil de carrière, source de stimulation. Il faut aimer étudier car en réalité on reste un éternel étudiant.

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