Dr BOUSSIN Ghislain Judicaël Kouamé : le don de soi...

  • Publié le 08/11/2020
  • Portrait
  • Par Tiapo Jean Michel
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   Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Je suis Dr Boussin Ghislain Judicaël Kouamé. Je suis pharmacien fonctionnaire et je suis marié, père de 3 charmantes petites filles.

Pharmacien, est-ce un métier que vous avez toujours voulu exercé ?

J’ai fait ce choix juste après mon bac. Sinon bien avant, travailler dans le domaine médical oui, mais je pensais plus à la médecine. Et après mon bac, j’ai opté pour la pharmacie. Dieu merci j’ai pu le faire.

Pourquoi précisément pharmacien ?

Je pense que j’ai été peut-être guidé par l’un des ainés ; le pharmacien que j’ai vu et peut-être que j’ai voulu ressembler à ce dernier là.

Quel a été votre meilleur et votre pire souvenir de vos années universitaires ?

Je commence par le pire. Il ya une situation malheureuse qui est arrivée, c’est quand on a perdu un de nos grands professeurs, Pr Koné Moussa. Je pense que ça a été une période un peu difficile pour nous. C’est ce souvenir là que je garde. Et le meilleur souvenir c’est le jour où j’ai prêté le serment de Gaillet.

 Pourquoi êtes-vous particulièrement engagé dans les associations ?

Pour moi, c’est très important de vivre vraiment ensemble. C’est très important de former un groupe ou se mettre en association parce que vous êtes plus forts. Seul on est faible. Mais lorsque vous êtes ensemble, vous êtes plus forts. Donc j’ai toujours voulu appartenir à des groupes, pas m’isoler. A mon arrivée à l’APHAO, j’ai constaté que les pharmaciens assistants ne faisaient pas assez, ou du moins étaient isolés. Chacun dans son officine, vivant ses difficultés seul. On a trouvé qu’il fallait se mettre ensemble. Et à l’APHAO, je suis le 3è président. Il y a eu un autre Boussin, le 1er président. Il y a eu Dr Zohoré et ensuite moi le 3è président. On a essayé, on a fait ce qu’on pouvait. On a essayé quand même de placer la fonction de pharmacien à un certain niveau. Et on s’est approché des instances de l’ordre, des instances pharmaceutiques pour que vraiment ce corps de métier soit quand même reconnu et valorisé. Parce que c’est aussi des pharmaciens. Pour être assistant il faut être diplômé, donc c’est des pharmaciens. Il faut qu’ils puissent jouir de leur profession, de leur métier. Et il aurait fallu qu’on soit ensemble, qu’on puisse travailler ensemble, partager nos expériences et aussi améliorer les compétences les uns des autres. Je suis un amoureux de la chose associative, je suis le vagabond de la confraternité. On pourrait le dire ainsi parce que partout où je suis, je veux qu’on se mette ensemble pour pouvoir travailler parce que ensemble on est fort.

Qu’est-ce que vous y gagner personnellement ?

Souvent on me pose cette question. Et je vous assure que c’est pas facile parce que je suis obligé de convaincre souvent ma femme pour mes absences pour réunions et les rendez-vous, etc. Et en retour, une satisfaction quand je pense que par l’association, on a pu résoudre le problème d’un confrère. Aujourd’hui j’ai la reconnaissance de certains confrères qui reconnaissent qu’à un certain moment par nos actions, on a pu décanter la situation. Plusieurs confrères commencent, aujourd’hui à ressentir un peu la confraternité par nos actions. Je pense que quand je vois des confrères heureux, ça me donne assez de joie. Je n’ai peut-être pas eu de l’argent dedans, je ne suis pas riche, mais je pense qu’il y a une satisfaction morale. La satisfaction morale, vraiment là au moins je bénis Dieu, il me donne de quoi à manger, je peux nourrir ma famille, c’est l’essentiel.

 Est-ce que vous avez vécu des situations désagréables pendant votre vie associative ?

Comme situation désagréable, l’incompréhension de certains. Du fait que les pharmaciens viennent de tous horizons, il y en a qui ont fait Abidjan, d’autres Dakar, Guinée Conakry, le Mali, le Burkina et bien d’autres. Il y en a qui ont fait le Maroc et même la Russie, donc on vient de partout avec des formations différentes. Certains ne voient pas tout de suite cette vie associative. Certains voient en moi un opportuniste peut-être qui veut se servir d’eux, pour griller les échelons ou quoi que ce soit. Donc souvent les réactions ne sont pas vraiment confraternelles. Mais je pense que quand tu as en toi cette envie et cette force de rassembler, tu dois t’attendre à ces coups bas par moment. Mais je mets ça sur le compte de l’incompréhension. Mais tous ceux qui s’asseyent avec moi, quand je leur partage ma vision de la profession, je pense que pour la plupart, ça aplanit quand même les positions.

 Est-ce vrai que vous êtes membre fondateur de l’UNAPHAFCI ?

Oui, je suis le président fondateur. Je suis le 1er président de cette jeune association qui est née seulement en novembre 2017.

    Qu’est-ce qui a motivé la création de cette association ?

Dans le milieu pharmaceutique, il y a déjà des organisations qui existent, mais c’était plutôt des organisations pour les pharmaciens privés. Que ce soient des officines ou des répartiteurs ou même d’autres domaines. Mais au niveau des fonctionnaires, il n’y en avait pas. Et comme interlocuteur des instances pharmaceutiques, au niveau des fonctionnaires, il n’y en avait pas. Parce que le SYNACASS-CI qui est un syndicat des cadres supérieurs et qui renferment les médecins, pharmaciens, chirurgiens, dentistes, vétérinaires ne peut pas être interlocuteur de notre ordre des pharmaciens. Quand nous sommes arrivés au public, nous avons vu ce vide. Et même quand on était au privé, dans nos échanges avec les instances, on a ressenti qu’il y avait un vide de ce coté. Et donc ayant vraiment la vie associative dans le sang, j’ai vu pas mal de confrères avec qui nous étions au privé, et avec qui nous nous sommes retrouvés au public, on l’a mis en place. Je n’ai pas les chiffres exacts, mais le nombre de pharmaciens exerçant dans le public peut avoisiner le millier. Ils ne sont pas peut-être encore répertoriés au niveau de l’ordre mais ça va venir parce que nous y travaillons. Mais lorsque tous ceux là seront enregistrés au niveau de l’ordre, je pense qu’on verra. Parce que déjà la politique que la fonction publique met en place du fait que pour le dépôt des dossiers il faut une attestation (…) à l’ordre, on pourra tout de suite vraiment savoir exactement combien ils sont. Et pouvoir agir comme il se doit.

     Pourquoi avoir choisi de venir au public ?

Au privé j’étais pas à mon propre compte, je travaillais dans une officine. Je tiens à remercier tous ces formateurs là, parce que j’ai fait pas mal d’officines et dans chaque officine j’ai appris quelque chose. Et arrivé à un moment, j’ai voulu faire autre chose puisque le domaine pharmaceutique il est vaste. Il y a plusieurs axes donc pourquoi pas le public. Et l’autre chose encore je me suis dis que mais moi j’ai fait mon cursus à l’université de Cocody, à la faculté de pharmacie et je peux dire que j’ai bénéficié des moyens de l’Etat ivoirien. Quoi de plus normal, que je puisse aussi mettre mes connaissances à la disposition de notre Etat. Donc par reconnaissance, je sais que c’est pas pour m’éterniser peut-être mais au moins faire ce passage et apprendre aussi, voir comment fonctionne le public. Parce que j’ai fait le privé et je fais aussi le public et peut-être que demain je reviendrai encore au privé. 90 pourcents des pharmaciens publics y reviennent.

  Quels sont les problèmes que vous rencontrez avec vos patients au public ?

Je ne pense pas qu’au niveau du privé ce soit différent. C’est les mêmes populations que nous croisons parce que souvent même on t’envoie des écritures de nom de médicament fantaisiste mais on arrive à déchiffrer. Au public effectivement, on va dire que ce sont des populations qui n’ont pas assez de moyens. Mais y’en a de tout, ceux qui ont des moyens, ceux qui n’en ont pas. On fait face souvent à l’incompréhension des usagers de nos hôpitaux, ils veulent tout en même temps alors que comme le nom l’indique, on les appelle patients, ils doivent être patients quand il voit le médecin. Parce que quand un médecin est avec un patient, il faut qu’il prenne le temps pour l’écouter pour pouvoir faire un diagnostic plus fiable. Et au niveau de la pharmacie, les gens viennent, ils peuvent ne pas déjà connaitre les prix, ils peuvent être heureux quand c’est bas mais quand c’est haut aussi ils peuvent ne pas être heureux. Et pour quelqu’un qui a passé plus d’une semaine à l’hôpital en train de payer des factures, la personne est sur les nerfs. Donc tout ça on est obligé de subir, on est obligé de gérer et on est obligé de demander à nos collaboratrices, nos collaborateurs de considérer que c’est des patients, des parents de malades donc savoir aller doucement avec eux.

     Est-il vrai que les établissements publics ne disposent pas d’assez de moyens matériels ?

Effectivement, on en demande toujours mais on fait avec ce que l’Etat arrive à mettre à notre disposition. C’est-à-dire que nous travaillons dans des conditions difficiles mais ce n’est pas impossible. Et tout en souhaitant qu’on améliore nos conditions de travail pour de meilleures prestations. Et c’est le domaine public, ça demande assez d’argent. La santé demande assez d’argent or nous sommes dans des pays qui n’ont pas de grands revenus. Des pays soit, en voie de développement pour certains, des pays pauvres. Donc comprenez qu’au niveau de la santé, il y a encore beaucoup à faire.

     Quel appel pouvez-vous lancer à l’Etat dans ce sens ?

L’appel pour nous, c’est que nos autorités se penchent véritablement sur les difficultés qu’éprouvent les agents dans les structures publiques. Les difficultés en termes de moyens. Moyens techniques, moyens opérationnels etc. Et aussi trouver des moyens pour intéresser ces agents pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Il ya une piste, il y a une loi qui a été votée concernant la réforme hospitalière qui promet beaucoup de choses. Et à l’heure actuelle, on est à la phase de rédaction des décrets d’application. Je pense que nous allons profiter pour essayer de mettre des choses qui vont permettre que l’hôpital public de demain soit vraiment un hôpital performant, un hôpital qui assure des prestations de qualité pour le bonheur de nos populations.

   Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes qui veulent intégrer le monde de la pharmacie ?

Pour ceux qui veulent faire des études de pharmacie, nous les accueillons. Qu’ils viennent parce que c’est un domaine qui est vaste. Le pharmacien c’est un polytechnicien parce que nous faisons beaucoup de choses. Et pour ceux qui sont étudiants en pharmacie, qui préparent aussi des thèses, nous les encourageons après leurs thèses à opter pour un domaine de la pharmacie. Il est vrai que tout le monde voit l’officine parce que c’est ce qui a été mis sur le devant de la scène comme pouvant donner une assurance financière, une aisance financière. Mais je pense qu’on peut explorer encore d’autres domaines mais là, on a besoin de l’aide de nos anciens. On a besoin de l’aide de nos Etats, de nos dirigeants. Parce qu’un jeune qui sort fraichement de l’école ne peut pas ouvrir une nouvelle piste à lui seul. Il faut que les anciens mettent déjà les balises pour que ces jeunes là viennent travailler dans ces domaines. Si nos ainés pensent que certains domaines sont saturés, alors c’est à eux de créer les conditions pour que les autres domaines soient aussi vus. On veut bien diversifier, prendre tous les domaines de la pharmacie, mais il faut que ceux qui sont déjà sortis puissent aider ceux qui arrivent à pouvoir s’insérer et développer tous les secteurs d’activité pour le bonheur de la profession pharmaceutique.

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