Recours à la contraception orale d’urgence : Etude quantitative des données de consommation en Côte d’Ivoire de 2015 à 2018

  • Publié le 25/08/2021
  • Enquêtes
  • Par Tiapo Jean Michel
  • 605

 

Le LEVONORGSTREL et l’ULIPRISTAL sont les seules PCU disponibles sur le marché pharmaceutique ivoirien.

Concernant la méthode YUZPE ou contraception orale combinée, qui utilisait la spécialité TETRAGYNON®, elle n’est plus recommandée et commercialisée depuis 2005 en France du fait de sa moindre efficacité au regard du levonorgestrel.

En Côte d’Ivoire, TETRAGYNON n’est pas ou plus disponible également.

Aucune autre pilule orale combinée n'a été homologuée en Côte d’Ivoire dans le cadre de cette méthode. Néanmoins la méthode YUZPE peut être utilisée en choisissant des pilules contraceptives journalières adaptées et en calculant le nombre de pilules nécessaire à avaler.

Par contre la Mifépristone (modulateur des récepteurs de la progestérone de première génération) initialement connu sous le nom de RU 486, est disponible mais utilisée à forte dose (supérieure ou égale à 200 mg) dans l’interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse sous la spécialité MIFEGYNE®.

Ailleurs elle est aussi employée à dose faible (inférieure ou égale à 50 mg) comme contraception d’urgence dans des pays comme la Chine, la Russie et le

Vietnam...

 

 

DISPENSATION OU DELIVRANCE DES PCU (Pilule de Contraception d’Urgence)

 

Concernant leur délivrance ou dispensation aux femmes en âge de procréer et/ou aux mineures, nous n’avons pas eu d’information à ce sujet ; néanmoins aucune législation en vigueur ne cadre particulièrement la dispensation des PCU ; sauf celles qui inscrit tous les contraceptifs sur la liste des substances vénéneuses notamment sur la liste I ; et le Levonorgestrel sur la liste des médicaments essentiels conformément aux recommandations de l’OMS.

Cependant qu’en est-il réellement dans les officines de pharmacie ?

 

Les PCU sont-elles vraiment délivrées sous réserve d’une prescription médicale ou sont elles en vente libre comme en France ou au Burkina Faso ?

L’accès aux PCU est-elle facilitée ? Les femmes ne rencontrent-elles pas des difficultés à les obtenir dans les pharmacies privées ?

 

En France, sur les arguments de chiffres en croissance des grossesses non prévues dues aux échecs de la contraception, des grossesses chez les mineures et des IVG, la PCU au Levonorgestrel a été vulgarisé et est disponible en pharmacie sans prescription médicale depuis 1999. Si elle est délivrée sans ordonnance, elle n’est pas remboursée. Si elle est prescrite, elle est remboursée à 65 %.

Pour les mineures, elle est délivrée gratuitement et anonymement (sans vérification de leur identité). Elle peut également être délivrée gratuitement aux élèves mineures ou majeures de l'enseignement secondaire par les infirmiers scolaires, et aux étudiants des universités par les services de médecine préventive universitaire.

Pour les pays en voie de développement et les pays où les IVG sont toujours illégaux, l’on pratique ces dernières dans des conditions dangereuses. Elles constituent une des causes principales de mortalité chez les femmes en âge de procréer.

Dans le cadre d’un programme de prévention, agir pour que les contraceptifs d’urgence soient accessibles est la mesure la plus importante qui puisse actuellement être prise afin de réduire le nombre de grossesses non planifiées et le nombre d’interruptions volontaires de grossesse selon l’OMS.

Pour donc des raisons évidentes selon les organismes internationaux, les femmes doivent avoir accès à la PCU rapidement et en tout temps

 

 

DISTRIBUTION ET CONSOMMATION DES PCU PAR DISTRICT DE COTE D’IVOIRE ET PAR COMMUNE/SOUS-PREFECTURE D’ABIDJAN

 

 

En 2018, sur 1 570 753 de PCU distribués aux structures habiletés et situées dans les différents districts de la Côte d’Ivoire, Abidjan en a reçu environ 65 % contre 35 % pour les autres localités de l’intérieur du pays.

Au niveau du district autonome d’Abidjan, cinq (05) communes se démarquent :

YOPOUGON avec 29%, COCODY 21%, MARCORY 10% et 8% pour

KOUMASSI et ABOBO.

La justification de cette forte distribution et délivrance de PCU dans le district autonome d’Abidjan pourrait être que :

-      Premièrement il existe une répartition inégale entre les zones rurales et urbaines non seulement de la population, mais des structures de dispensation des produits de la PF et aussi du personnel de santé chargé de l’offre des services de Planification familiale: on note par exemple une forte concentration des officines de pharmacie dans le district d’Abidjan (604 soit 55% sur 863 officines de pharmacies). Le district d’Abidjan (en raison du poids de la ville d’Abidjan) abrite le cinquième de la population totale (20,8%) avec 50 % femmes.

-      De plus au niveau d’Abidjan, les communes de YOPOUGON (620 065 femmes), ABOBO (574 856 femmes), COCODY (271 384 femmes), KOUMASSI (249 841 femmes), PORT BOUET (238 222 femmes) habitent les plus fort taux d’estimation de population féminines résidentes dans l’ordre décroissant en 2018.

 

Soulignons que par rapport à la distribution des PCU en 2018 dans les communes et sous-préfectures d’Abidjan et la population féminine qui y vit, on note des particularités : YOPOUGON qui compte la plus grande population féminine, a reçu également la plus grande part de PCU distribuées soit 29.66% du total.

 

Le nombre de PCU distribuées est quasiment égal au nombre de femmes dans les communes et sous-préfectures de Cocody, Marcory, Treichville et Bingerville ; contrairement aux communes de Koumassi, Abobo, Port-bouet, Adjamé, Attécoubé, et les sous-préfectures d’Anyama, Songon et de Brofodoumé où le nombre de femmes est largement supérieure aux quantités de PCU distribuées.

 

La quantité de PCU distribuée au Plateau est supérieure au nombre de femmes qui y vivent. Elle correspond au double de la population féminine vivant au plateau. Cela s’explique probablement par le fait que la commune du plateau soit le centre des affaires, et que des femmes en emploi et non résidentes se procurent des PCU dans les officines du Plateau.

 

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette différence de consommation de PCU par les femmes entre ces communes ? Le niveau de connaissance des PCU, le taux d’alphabétisation, la pauvreté, le niveau de scolarité des femmes dans ces communes, le réseau de pharmacies dans ces communes ou l’accessibilité des PCU etc. sont autant de facteurs à explorer ou étudier de près afin de comprendre ces phénomènes.

 

EVOLUTION DE LA DISTRIBUTION ET DE LA CONSOMMATION DES PCU DE 2015 A 2018

 

Notre étude a rapporté une distribution des PCU de 2015 à 2018 croissante d’environ 19 %. Le nombre d’unités de PCU distribué a doublé sur cette période. L’on pourrait conclure qu’il en est de même pour leur consommation.

Les raisons de cette augmentation de distribution et consommation de PCU pourraient être soit les résultats d’une démographie galopante essentiellement des femmes ou soit le fait d’une réelle surconsommation par la gente féminine de ces contraceptifs.

 

En effet de 2015 à 2018, la population de Côte d’Ivoire est passée de 23 226 143 à 25 069 229 habitants. La population féminine également a augmenté sur cette même période ; allant de 49.246% à 49.343% de la population totale L’on pourrait déduire que l’augmentation de la distribution des PCU est due à l’augmentation des consommatrices. Cependant comparer l’accroissement démographique des femmes et le nombre de PCU obtenus sur la période de 2015 à 2018, ne nous permet pas de dire s’il y a eu une surconsommation réelle de ces contraceptifs, parce que nous n’avons pas les données d’estimation du rythme d’utilisation des PCU (une ou plusieurs fois dans le mois ou l’année), par les femmes ayant utilisée au moins une fois la contraception d’urgence.

 

Néanmoins, nous pouvons conclure à une augmentation de la distribution, de la délivrance et de la consommation des PCU en Côte d’Ivoire de 2015 à 2018.

Il faut signaler qu’une étude similaire a été faite en France et a montré que le nombre de PCU vendues a plus que doublé en 10 ans, passant de 570 000 en 2000 à 1,27 millions en 2010. L’augmentation des PCU vendues, très rapide les premières années après la mise sur le marché du Levonorgestrel (Norlevo®), semble cependant avoir atteint un plateau depuis 2009.

 

 

 

Extrait de la Thèse Présentée en vue de l’obtention

du Diplôme d’état de docteur en pharmacie

Par DIGBE EYAMBI RAPHAELLE, Interne des HOPITAUX, Abidjan 2019

Commentaires